Planification collective à partir de la base

Rituu B Nanda

Je suis basée à Delhi et je travaille pour une association internationale à but non lucratif qui s’appelle la Constellation. J’encourage des communautés à s’engager dans le Community Life Competence Process (CLCP – Processus de compétence de vie communautaire).

Ce processus est une forme de cycle d’apprentissage dans le cadre duquel une communauté agit, puis tire les enseignements de sa propre expérience. Cet apprentissage devient ensuite la base d’un autre cycle d’action et, à nouveau, d’apprentissage. Le cycle d’apprentissage peut se répéter à l’infini.

Nous sommes convaincus que les communautés sont capables de réagir dès qu’elles peuvent s’approprier le problème auquel elles font face. Cette conviction se reflète dans le modèle SALT, qui définit notre mode d’interaction avec les communautés. SALT est l’abréviation de « Stimulate and Support » (stimuler et soutenir), « Appreciate, Authenticity » (apprécier, authenticité), « Listen, Learn, Link » (écouter, apprendre, lier) et « Transfer, Team, Trust, Transform » (transfert, équipe, confiance, transformation).

Planification de l’expérience à capitaliser. Crédits photos: Rituu B Nanda

De la réflexion à la documentation

Chez Constellation, nous réfléchissons beaucoup, mais nous ne documentons pas tout. L’activité de documentation est pourtant essentielle, non seulement pour faciliter le partage des leçons tirées, mais aussi parce que cette démarche permet de réfléchir et d’apprendre encore plus. Voilà pourquoi j’ai décidé de participer à l’atelier de Goa sur la capitalisation d’expériences. J’ai assisté à cet atelier en compagnie de deux collègues indiens qui travaillent avec moi sur un projet d’immunisation dans des communautés de l’Assam, dans le nord-est de l’Inde. Un collègue indonésien s’est aussi joint à nous.

Je sentais qu’il était important de ne pas me rendre seul à cet atelier et de permettre également à mes collègues, qui sont plus souvent sur le terrain que moi, d’en apprendre plus sur la capitalisation d’expériences. Il est utile d’avoir plusieurs personnes au sein d’une même organisation qui sont « sensibilisées » et prêtes à faire les efforts nécessaires pour mener à bien un processus de capitalisation d’expériences. Nous ne disposons pas de budget supplémentaire pour cette démarche, mais, ensemble, nous avons des réserves inépuisables d’enthousiasme, qui nous permettent de gérer les contraintes financières.

Un effort collectif

Ce que j’aime dans les méthodes de capitalisation d’expériences, c’est leur dimension participative et le fait qu’elles poussent à la réflexion. Au lieu d’avoir juste un gestionnaire de projet qui rédige seul un document, vous vous réunissez avec un groupe diversifié pour documenter ensemble une expérience. Cela permet aux différents acteurs – des membres des communautés aux agents de terrain, en passant par les gestionnaires de projets – de s’approprier le processus. Il s’agit d’un véritable atout de l’approche de capitalisation d’expériences, car, bien trop souvent, on ne tient pas compte des expériences des communautés et du personnel de terrain. Cependant, la partie participative du processus est aussi la plus difficile et celle qui demande le plus de temps. Par exemple, la planification de notre processus de capitalisation d’expériences a radicalement changé d’orientation quand nous y avons associé les communautés et le personnel local.

Quand un plan change de cap

Pendant l’atelier à Goa, mes collègues et moi-même avions participé aux exercices de planification. Nous avions défini ce que nous jugions intéressant à documenter. Nous avions prévu de nous concentrer sur le niveau et le degré de participation des communautés et d’appropriation dans le cadre du projet sur l’immunisation dans l’Assam. Un mois plus tard environ, nous avons passé cinq jours sur le terrain ensemble, en tant qu’équipe chargée de la capitalisation d’expériences, et nous avons prévu de passer une demi-journée avec différentes personnes associées au projet – des membres de l’équipe de soutien mondial de Constellation et des facilitateurs de l’équipe d’évaluation sur le terrain. Après ce temps passé avec deux communautés différentes, le plan a radicalement changé de forme et d’orientation.

La courtoisie du village. Crédits photo: Jahirul Choudhury

Quand nous avons rendu visite aux communautés et que nous avons demandé aux gens ce qui était important à leurs yeux, nous avons beaucoup discuté et cherché à savoir réellement « ce qu’ils en pensaient au fond d’eux-mêmes ». Ce processus s’est avéré extrêmement important, car, après avoir fait participer et écouté les personnes sur le terrain, notre plan a complètement changé.

L’une des deux communautés souhaite axer le processus de capitalisation d’expériences sur l’implication des hommes dans les initiatives d’immunisation. Dans le second cas, le facilitateur de l’ONG voudrait documenter le « pouvoir de l’écoute ». Qu’est-ce qui a changé quand lui-même et d’autres membres de son équipe ont commencé à écouter activement ?

Travail en cours

Effectuer une visite de terrain peu de temps après l’atelier s’est avéré très utile. Nous étions motivés et prêts à nous plonger dans le processus de capitalisation d’expériences et, en même temps, nos idées et notre plan étaient encore assez neufs pour pouvoir être façonnés par les efforts collectifs des communautés et des acteurs de terrain. Cette flexibilité est cruciale quand on s’engage dans des processus participatifs.

À présent, mon travail se poursuit à Delhi. Je cherche encore comment travailler avec toutes ces nouvelles contributions et élaborer un plan qui garantira que notre processus de capitalisation d’expériences restera un effort collectif. J’ai déjà appris beaucoup et je me réjouis de continuer cet apprentissage à mesure que nous finaliserons l’ensemble du processus de capitalisation d’expériences.

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