L’écriture commence par l’organisation de l’information

Marta Rocha de Araujo

Il y a quelques mois, j’ai été invitée à me joindre à un groupe de participants entamant un processus de capitalisation à Maputo, au Mozambique, et à les aider à réviser les textes qu’ils préparaient. J’avais lu de nombreux articles similaires écrits lors d’ateliers, mais je n’avais jamais suivi personnellement un tel atelier.

La première question qui m’est venue à l’esprit en regardant les participants travailler a été de savoir comment je pourrais jamais m’assurer que toutes les informations requises se trouvaient bien dans les textes que je m’apprêtais à réviser. La réponse qu’on m’a donnée, c’est « il faut vérifier que les tableaux contiennent toutes les informations » – une référence aux modèles utilisés lors du volet pratique et aux différents volets dont l’atelier (et le processus) était constitué. Ces tableaux peuvent être très, très longs, c’est en tout cas l’impression que j’ai eue. Et puis, si tout est dans les tableaux, comment en tirer un texte ? Plusieurs participants nourrissaient les mêmes craintes que moi…

Quelques semaines après le premier atelier, j’ai commencé à recevoir les premières ébauches par courrier électronique. Certains textes étaient très bons, mais ils étaient tous très différents. Mais la question que je m’étais posé avant d’entamer cette mission est revenue me hanter : « Est-ce que toutes les informations requises s’y trouvent bien ? ». J’ai estimé qu’il fallait que je réponde à cette question avant de vérifier si toutes les phrases s’enchaînaient bien ou si les réflexions étaient clairement et correctement formulées. En d’autres termes, je devais le faire avant de commencer à réviser les textes. J’ai donc procédé comme on l’avait enseigné aux participants : j’ai repris les tableaux préparés durant l’atelier, mais des doutes m’ont très vite assaillie. Comment les utiliser ? Comment présenter toutes les informations disponibles de manière cohérente ? Comment savoir dans quelle section ou dans quel chapitre inclure telle ou telle information ? C’est à ce moment-là que j’ai pris un café bien corsé et que j’ai sorti mes crayons de couleur pour faire le diagramme ci-dessous.

Sections

J’ai relu les tableaux en détail, et j’ai réalisé que ce que l’on m’avait dit était vrai : toutes les informations requises se trouvaient bel et bien dans les tableaux, avec les limites, la description ou l’analyse. Mais ce n’était pas évident. Ma première idée a été de tenter de regrouper les informations recueillies dans chaque cas, et de les répartir dans les grandes sections habituelles d’un article :

  • Dans l’introduction, on explique ce qu’on fait, en insistant sur les raisons pour lesquelles c’est important, et pour qui. Quelques participants y évoquaient leur raison d’être, ce qui les différenciait des autres.
  • Ensuite, on décrit ce qui s’est passé (quand, où, qui, quoi) et on présente les résultats obtenus.
  • La section la plus importante, l’analyse, est celle qui expose l’approche utilisée pour évaluer ce qui s’est passé (le choix des paramètres et des indicateurs) et qui décrit les raisons pour lesquelles ce qui s’est passé est advenu.
  • En dernier lieu viennent les conclusions, qui soulignent les aspects majeurs du récit. C’est dans les conclusions que figurent les principaux enseignements et recommandations.

Il faut rappeler un point important concernant notre intérêt pour les enseignements – en tirer implique d’analyser davantage les raisons que les faits. Cette étape est indispensable si l’on veut promouvoir un processus global de suivi et d’évaluation ou partager des idées pour devenir une source d’inspiration pour d’autres personnes et les encourager à prendre des initiatives similaires. L’analyse, quelle qu’elle soit, dépend du contexte dans lequel l’expérience a lieu. Par contexte, on entend le cadre politique, financier, environnemental, historique, social et même organisationnel. Ce cadre, sous tous ses aspects, détermine la façon dont nous évaluons les résultats et les classons dans la catégorie des résultats « positifs », « négatifs » et même « imprévus ». C’est ici aussi que l’on trouve les facteurs qui ont influencé les résultats.

Nous rappeler les objectifs du projet et le profil de ses bénéficiaires potentiels peut nous aider à améliorer notre analyse et, donc, à tirer des conclusions plus probantes. Tout est plus clair si nous disons « Le poids moyen des poissons est passé de 65 g à 250 g grâce à l’importation de compléments alimentaires ». Ces résultats  pourraient être considérés de manière très différente par l’équipe d’un projet de production écologique ou par ceux qui luttent contre la malnutrition – ou encore par les pisciculteurs. Mais tous auraient raison.

Retour à Maputo

Quelques semaines après le premier atelier, nous nous sommes à nouveau rencontrés à Maputo, à l’occasion du deuxième volet du processus de capitalisation. Après une introduction d’ordre général, j’ai présenté mon diagramme, que tous les participants ont bien accueilli. Nous avons convenus de préparer une version finale de tous les articles d’ici le vendredi après-midi, que je relirais à tête reposée une fois de retour chez moi ; les participants avaient donc tous la même obsession : écrire ! Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Le jeudi matin, un groupe de participants m’a demandé de revenir sur le diagramme.

Nous en sommes donc revenus aux idées générales que nous avions évoquées au début. Nous avons regardé les tableaux que nous avions remplis ensemble et avons discuté de la nécessité de ne retenir que les informations les plus pertinentes. Un débat de plus de deux heures nous a tous aidés à faire part de nos doutes et de nos idées et à mettre en lumière l’objectif principal du processus de capitalisation. Peu après, un des participants a résumé l’essence de l’approche en une formule brillante : « Je pensais que j’étais ici pour dire ce que j’ai fait. Maintenant, je comprends que je dois dire pourquoi je l’ai fait. » Ce qu’il nous fallait faire, c’était utiliser ce que nous avions sous la main : une série de tableaux sur différents sujets, qui contribuaient tous à l’analyse.

J’ai alors compris que j’avais élaboré le diagramme et la présentation en suivant une logique différente de celle de la plupart des participants. La première version du diagramme était en portugais, mais j’en ai fait une seconde en anglais. Cette seconde version, qui ne sera très certainement pas la dernière, tente de montrer la voie la plus rapide vers l’analyse. Le diagramme est plus synthétique ; le titre des tableaux est traduit en couleur et est expliqué dans les légendes. Et j’ai fait quelques ajouts. Par exemple, comme les objectifs des donateurs et de notre propre organisation façonnent aussi notre récit, ils ont leur place dans le schéma.

La version finale des textes écrits par tous les participants au processus de capitalisation au Mozambique montre que nous en avons tous appris beaucoup. En particulier des choses que nous avons dû refaire !

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