Le « cadrage », un processus très, très utile

Gloria Nyamuzuwe

Le processus de capitalisation que nous avons mené à bien durant le premier semestre de l’année 2017 a changé ma façon de voir les choses. Maintenant, quand je recueille des informations, je me pose vraiment la question de savoir ce qu’a apporté telle ou telle activité et quelle a été son importance.

Peu de temps après les ateliers de Maputo, je suis allée sur le terrain pour recueillir des informations afin d’alimenter le rapport final sur le projet dans lequel je travaille. J’ai dit à mon collègue que nous devrions procéder à une capitalisation avec les informations que nous recueillions au sujet des groupes d’épargne dans différentes régions et en partager les résultats. Malheureusement, nous n’avons pas pu le faire, car nous n’avions pas assez de temps. C’est pourtant l’idée du « cadrage » qui a guidé toute ma mission dans les provinces à ce moment-là. Je m’interrogeais sans cesse à propos de notre impact et de la différence que nos activités avaient faite pour nos bénéficiaires, après toutes ces années. Quelle était la situation au début, quels changements précis étaient intervenus depuis que nous étions arrivés, en 2012, et pourquoi ces changements étaient-ils intervenus ?

L’essence du récit

Je pense que décrire clairement un cas et définir ce que nous voulons y trouver est essentiel. Dans notre travail, nous nous intéressons surtout aux perspectives des femmes. Nous voulons analyser les changements qu’elles perçoivent dans leur vie. Parce que le fait est que dans la plupart des endroits où nous avons travaillé, les maisons sont en paille. Mais aujourd’hui, des femmes construisent des casas melhoradas. Elles parviennent à acheter les matériaux dont elles ont besoin, car elles ont adhéré à un groupe d’épargne. Les premières questions que nous leur posons sont donc : « Mais comment avez-vous fait ? », « Combien avez-vous réussi à épargner ? », « Combien avez-vous réussi à mettre de côté pour soutenir votre activité l’année suivante ? » et « Combien avez-vous fait de bénéfice cette année-là ? ». Mais une autre question importante se pose à nous : « Quelle est la raison qui pousse ces femmes à continuer à épargner ? ».

Il est important de définir clairement l’objectif d’une visite sur le terrain, car dans les faits, les gens n’ont pas énormément de temps à nous consacrer. Avoir un objectif en ligne de mire aide à poser les bonnes questions, ce qui évite par la suite d’obtenir des réponses hors sujet. Cadrer le processus facilite le choix des paramètres et des indicateurs qui permettront de poser de meilleures questions et, donc, d’obtenir de meilleures réponses.

J’ai recueilli beaucoup d’informations pendant toutes ces années, et maintenant, je sais que ce n’est pas une bonne idée de les rassembler toutes dans le même document. Désormais, je vois les choses autrement : je pourrais rédiger trois types de rapport différents à l’intention de publics différents sur le travail que nous avons fait dans chaque province. Le premier rapport rendrait simplement compte de ce qui s’est passé et à quel moment – le genre de rapport qui est plus intéressant pour les donateurs qui veulent uniquement savoir ce qui a été fait avec leur argent. Le deuxième rapport exposerait les modalités pratiques du processus et ferait une large place aux perspectives des personnes sur le terrain. J’y mettrais beaucoup de photos et aussi beaucoup de citations de femmes recueillies lors d’entretiens. Le troisième type de rapport, je n’aurais pas besoin de l’illustrer par des photos, j’y expliquerais plutôt aux autres lecteurs ce qui les intéresse : j’y décrirais les aspects techniques ou les protocoles à suivre lors de la mise en œuvre d’un projet d’épargne.

Si je repense au processus de capitalisation des expériences que nous avons tenté de mener à bien, je peux dire que j’en ai appris beaucoup au sujet du cadrage et de l’importance d’avoir une ligne claire. Les informations que nous jugeons important de recueillir sur le terrain ne sont pas toutes pertinentes et ne doivent pas nécessairement être incluses dans l’article final. Nous avons toujours les tableaux que nous avons préparés, et rien ne nous empêche d’écrire un autre article. (Nous avons toujours les tableaux.) C’est pourquoi je pense que lors du prochain atelier de formation sur la capitalisation, tout le monde devrait en passer par l’épreuve du feu, comme celle à laquelle nous nous sommes livrés à Maputo, car cela aide vraiment. Je voulais parler, mais je ne me sentais pas suffisamment sûre de moi.

Maintenant, je sais qu’exposer les aspects majeurs d’une expérience aide à distinguer les éléments qui sont pertinents de ceux qui ne le sont pas. C’est ainsi que la substance de notre récit apparaît, même si l’image tarde parfois à se préciser. C’est ainsi aussi qu’on évite de se laisser aller au verbiage, une tendance caractéristique de nombre d’entre nous.

 

En même temps, j’ai pris plaisir, tant pendant qu’après l’atelier, à écrire l’article avec l’un de mes collègues ; cela nous a amenés à traverser un processus similaire et nous en avons beaucoup parlé. C’est aussi une forme de cadrage. Le processus d’écriture peut prendre plus de temps, et est plus stressant que quand on est seul. Il faut organiser et filtrer toutes les informations disponibles pour obtenir un résultat nettement plus probant. Quand on écrit seul, on écrit, c’est tout.

Une nouvelle série d’outils

Ce processus de capitalisation a complètement changé ma façon de voir les choses et d’agir. Honnêtement, les premiers jours de l’atelier ont été assez brumeux. Mais le diagramme que Marta a brandi et le débat que nous avons eu à son sujet ont vraiment beaucoup aidé. Sans parler des tableaux que nous avons remplis, ils ont été très utiles ! Je me vois réagir de la sorte dans d’autres situations. Tout ce processus m’a donné une nouvelle série d’outils que je peux maintenant utiliser à ma guise.

Je suis souvent les posts publiés dans les Dgroups, je les trouve très utiles. Je veux en apprendre plus, car j’espère avoir l’occasion d’utiliser cette méthodologie à l’avenir. Il est possible que je quitte le projet, mais je trouverai le moyen d’en faire une capitalisation ! Il y a beaucoup de possibilités ici, à Maputo. Tout ce que j’ai à faire, c’est recueillir des informations et les organiser – puis m’asseoir à mon bureau pour écrire.

 

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