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Fédération des Agriculteurs dÁfrique de l'Est - EAFF

Marygoretti Gachagua

Une série de processus de capitalisation ont été lancés conjointement avec des représentants d’une série d’organisations membres de la Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est (MVIWATA, la Fédération nationale des agriculteurs ougandais, la Fédération nationale des agriculteurs kenyans et l’Association des éleveurs kenyans). Ce processus a démarré avec un premier atelier, organisé à Nairobi en novembre 2016, et achevé lors d’un second atelier, qui s’est tenu à Arusha en mars 2017.

Après la première réunion, les participants ont développé leurs propres histoires.. Photo: EAFF

Le premier atelier devait durer quatre jours et suivre une approche d’apprentissage par la pratique : les participants n’allaient pas seulement examiner les concepts, les principes et la méthodologie à suivre, mais étaient également invités à démarrer un processus de capitalisation d’expériences. Nous avons commencé par présenter rapidement tous les participants et ensuite le projet. Nous avons examiné la méthodologie à suivre et insisté sur la nécessité de mettre le processus sur les rails. Nous avons également insisté sur l’importance que les participants coopèrent avec leurs collègues une fois l’atelier terminé (par ex. pour rechercher des informations supplémentaires), de terminer le processus démarré et de se réunir à nouveau et enfin insisté sur la nécessité de prendre des mesures spécifiques pour s’assurer que l’approche puisse être généralisée.

Concepts, principes et conditions de base

La capitalisation d’expériences a été présentée comme une approche qui débouche sur des enseignements et de « nouvelles connaissances » et qui aide dès lors les projets à améliorer le travail et les activités des participants et à être plus efficaces, et aussi à être une source d’inspiration pour d’autres projets/acteurs. Nous avons resitué cette approche dans le cadre d’une stratégie plus générale de gestion des connaissances et insisté sur la nécessité qu’elle fasse le lien et coopère avec d’autres initiatives connexes (comme celles gérées par l’équipe en charge de la communication ou les membres en charge du suivi et de l’évaluation). Les participants ont aussi réfléchi aux nombreuses « objections » et raisons invoquées pour ne pas lancer un processus de capitalisation (par ex. c’est trop compliqué, cela prend trop de temps, on ne sait pas qui en profite réellement) et à la meilleure façon de promouvoir cette approche et de convaincre les collègues de ses avantages.

Les participants ont ensuite sélectionné l’expérience qu’ils souhaitaient décrire et analyser, en veillant à choisir un cas qui remplirait quelques conditions : un cas qu’ils connaissent très bien et au sujet duquel il existe suffisamment d’informations, qui permet d’échanger des enseignements, qu’ils jugent particulièrement intéressant, et pour lequel « il existe une demande ». Nous avons insisté sur l’intérêt de l’examiner sous l’angle de son USP (unique selling point ou argument clé de vente). Chaque participant a ensuite été invité à « définir les limites » de son expérience, en choisissant le site et la période au cours de laquelle chaque cas avait été mis en œuvre, les objectifs, la stratégie générale, etc. L’étape suivante a été de décrire chaque cas, en mettant en avant ce qui avait été fait et les résultats obtenus, mais aussi les principales difficultés rencontrées.

Nelson in action. Photo: Jorge Chavez-Tafur

Sur quoi écrivons-nous ?

Différentes expériences ont été décrites et analysées et des enseignements sont déjà en train d’être tirés. En voici quelques-uns à titre d’exemple :

  • le processus d’amélioration de la transformation du maïs dans le village d’Ilakala, dans la région de Morogoro, en Tanzanie. Lancé en mars 2016 et géré par MVIWATA, ce projet vise à améliorer l’approvisionnement alimentaire dans la communauté et à aider les agriculteurs à augmenter leurs revenus. Des résultats positifs peuvent déjà être mis en avant : l’introduction d’une égreneuse à maïs mobile a, par exemple, permis de réduire les coûts de main-d’œuvre et les frais de transport ;
  • la participation de jeunes agriculteurs à la production maraîchère dans le district de Rakai dans la région du Centre, en Ouganda. Depuis juillet 2015, l’UNFFEessaie d’associer les jeunes agriculteurs aux discussions sur la façon d’améliorer leur participation et d’utiliser leurs compétences, leur temps et leurs idées. L’UNFFE a organisé des séances de formation et des séances de cartographie des parties prenantes afin d’identifier comment influencer au mieux les décideurs. Des réunions ont ensuite eu lieu avec des représentants du gouvernement local ;
  • les efforts de (re) boisement dans le district de Ludewa, dans les montagnes du sud de la Tanzanie qui visent à minimiser les conséquences des changements climatiques et à améliorer les moyens d’existence des agriculteurs en augmentant la production. La stratégie générale s’articulait sur les aspects suivants : utilisation de fours améliorés, plantation d’arbres et cours de formation brève sur les effets des changements climatiques et la meilleure façon de s’adapter à ce phénomène ;
  • le partenariat entre KLPAet Airtel en vue du lancement sur le marché d’une application mobile de services qui communiquera aux agriculteurs du Kenya des informations agricoles. L’objectif principal est d’aider les agriculteurs à augmenter leurs rendements et leur productivité par le biais de messages de conseils agricoles. Le district de Kisii sert ici de district-test;
  • la coopération des agriculteurs et des décideurs au Kenya. Les agriculteurs sont rarement associés aux processus politiques ce qui limite leur capacité à influencer le soutien budgétaire public au développement de l’agriculture. Organisation de membres agissant pour ses membres, la Fédération nationale des agriculteurs kenyans s’efforce de combler ces lacunes et d’améliorer ses compétences afin de mieux saisir les enjeux et de participer à divers processus, par exemple à l’aide d’un outil, FACT.

Le second atelier

Après la première réunion, les participants ont développé leurs propres histoires. Ils ont recueilli des informations supplémentaires auprès de leurs collègues et ont collaboré avec des représentants de l’EAFF afin d’organiser l’information disponible. Cela les a aidés à préparer une nouvelle version provisoire de leurs documents. Une deuxième réunion a alors été organisée pour qu’ils puissent terminer le processus, l’accent étant mis cette fois sur les dernières phases du processus de capitalisation des expériences :

  • Échanges. Nous avons examiné la nécessité d’avoir plus d’impact et de diffuser les résultats d’un exercice de capitalisation auprès d’un plus large public, ce qui nécessite la préparation d’une stratégie de communication. Selon nous, il faut commencer par identifier le groupe cible, en faisant une distinction entre les différents groupes pouvant être atteints et en se concentrant sur leurs caractéristiques spécifiques (en particulier leurs connaissances, attitudes et pratiques). L’étape suivante a été d’examiner les produits possibles, en partant du principe que les produits écrits ne sont pas la seule option, et d’examiner ensuite les canaux susceptibles d’être utilisés. Comme nous l’avons expliqué, tout dépend ici de la taille du public visé et de la possibilité ou non d’interagir avec lui. La session s’est clôturée sur un débat sur la nécessité d’obtenir un feed-back pour nous assurer que la stratégie de communication est bien sur les rails.
  • Rédiger et publier. Les participants ont commencé par recueillir des informations au cours du premier atelier et la plupart d’entre eux ont préparé une première version d’un document avant de venir à Arusha. Sur la base des progrès réalisés, nous avons examiné les principaux aspects auxquels il faut être attentif lors de la rédaction. Nous avons commencé par leur rappeler quelques principes (par ex. les textes doivent être lisibles, concis, attrayants et rigoureux) et ensuite nous avons examiné la meilleure façon de procéder. Les participants ont fait part de quelques-unes des difficultés qu’ils avaient rencontrées et nous avons de notre côté insisté sur la nécessité (i) d’inclure des données pour toutes les activités et des chiffres (données) ayant débouché sur des résultats, (ii) d’ajouter des citations pour montrer l’opinion des personnes concernées, (iii) d’ajouter une petite étude de cas à partir d’une photo, et (iv) de montrer le caractère unique de l’expérience à travers le texte.
  • « Utilisation » : adoption et mise à échelle. Une étape suivante a été d’insister sur l’importance d’encourager l’utilisation des résultats du processus. Les participants ont admis qu’un processus de capitalisation des expériences n’a pas pour but d’identifier de bonnes pratiques ou de simplement publier un document. Une fois que les principaux enseignements ont été partagés, l’objectif est de faire en sorte qu’ils soient utilisés, et d’une façon garantissant un réel impact. Nous avons évoqué la question de l’adoption et de l’adaptation, sachant que c’est un processus qui n’est pas automatique et qui ne se fait pas du jour au lendemain. Nous avons examiné les innovations elles-mêmes, les conditions qu’elles doivent remplir pour être adoptées (compatibilité, acceptabilité sociale par exemple) ainsi que les facteurs internes et externes en jeu. Nous avons ensuite discuté de pistes pour la préparation de la mise à échelle et de la diffusion, en examinant les principaux « moteurs » et « espaces ». Ce sont là en effet des idées à prendre en compte au moment de préparer un plan d’action.
  • Nous avons ensuite discuté de la nécessité d’institutionnaliser l’approche, qui est l’objectif premier du projet. Il y a eu ensuite un débat sur l’adoption et la diffusion, mais l’accent a été mis sur l’adoption du processus de capitalisation d’expériences en tant que tel (et pas uniquement sur l’adoption des enseignements) ainsi que sur la nécessité de mettre en place les conditions nécessaires pour que ce processus « soit davantage qu’un effort ponctuel ». Nous avons ensuite évoqué les conditions générales nécessaires au lancement d’un tel processus (ressources, participants, attitude critique) et discuté de la « ligne d’arrivée » : Que se passe-t-il lorsqu’une approche est institutionnalisée ? Les participants ont examiné la nécessité de disposer de procédures et de méthodes, l’importance de définir clairement les rôles et les responsabilités ou de se doter d’un plan de formation. Ils ont aussi réfléchi à la nécessité de démontrer les résultats. Nous avons ensuite discuté des principales conditions à mettre en place comme un soutien réel, des compétences, des informations spécifiques. Ces idées et pistes ont été utilisées par les participants pour terminer leurs plans d’action.

Résultats

Les différentes discussions et interactions entre participants les ont aidés à démarrer et à mener à bien un processus de capitalisation et à en tirer des enseignements. Nous disposons à présent d’une série de cas qui ont été clairement décrits et analysés (et qui seront bientôt publiés) dont les enseignements peuvent être partagés entre l’EAFF et d’autres organisations intéressées. Les participants ont formulé des remarques très positives, dans le cadre de l’évaluation générale : « L’atelier a permis de découvrir de nombreuses pistes que j’utiliserai pour structurer le volet apprentissage de mon travail » ; « une facilitation de qualité, le lieu était parfait », « l’utilisation de points de puissance, de discussions et de jeux de rôles a permis d’améliorer l’apprentissage », « j’ai amélioré mes connaissances » ; « le facilitateur maîtrisait le sujet, une excellente organisation ».

 

 

© 2016, CTA. Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation

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